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Frank Margerin
Titre
Nous sommes le Mercredi 29 Mars
"Lucien est mon porte-parole "
Lucien porte-parole Le dessinateur Frank Margerin, rédacteur en chef d'un jour à Metro, se raconte.....

Frank Margerin, 57 ans, est à l’honneur cette année avec une nomination dans la sélection officielle du festival international de la BD



Lucien, le célèbre rockeur à banane, est né en 1979 pour un numéro spécial rock de « Metal hurlant », alors piloté par Philippe Manœuvre, alors rédacteur en chef du magazine « Metal Hurlant ». Il fêtera ses trente ans d’existence à Angoulême à l’occasion d’une grande exposition et d’un neuvième tome (« Lucien – Toujours la banane », chez Fluide glacial), où il a pris trente ans de plus, des cheveux blancs et un peu de bedaine. Rencontre avec Frank Margerin, 57 ans, à l’honneur cette année avec une nomination dans la sélection officielle du festival international de la BD.

Pourquoi avoir attendu huit ans entre le huitième tome de « Lucien » et ce nouvel album ?

J’ai dessiné Lucien entre 1979 et 2000. Ensuite, d’autres projets m’ont obligé à le délaisser. Je me suis notamment consacré pendant cinq ans à la série « Momo le coursier », parue dans « L’Echo des savanes » avant d’être éditée en trois albums. Puis j’ai créé une bande dessinée sur Shirley et Dino, dont je dessinais déjà les affiches depuis une vingtaine d’années. Nos univers sont très proches, et ils ont des vraies « tronches » qui collent bien à la BD. Bref, ça m’a pris du temps !

C’est rare de faire vieillir les personnages de BD. Mais vous, vous venez de donner à Lucien trente ans de plus ! Il était devenu ringard ?

Quand j’ai commencé en 1979, il avait exactement mon âge, ce qui me permettait de me raconter à travers lui. Depuis, le monde a changé, et moi aussi. Je ne peux plus raconter les mêmes histoires de rockers, de mobylettes et de flippers. Lucien ne devait pas rester figé. Je l’ai donc fait revenir dans les années 2000, à l’heure des ordinateurs portables, d’Internet et des jeux vidéo. Il est quinquagénaire, comme moi, un peu largué sur certaines choses. On est plus en osmose comme ça !

Etre quinquagénaire aujourd’hui, c’est toujours rock’n’roll ?

Avant, avoir 50 ans était synonyme de fin de vie. (Rires.) Mais maintenant, tout le monde considère qu’on est encore jeune d’esprit. Les enfants ont grandi, on peut même recommencer une vie, faire un nouveau métier, faire d’autres enfants… La vie ne s’arrête pas, loin de là ! C’est ce que j’exprime dans le dernier « Lucien ». L’important, c’est, comme lui, de rester fidèle à ses convictions : même s’il a mis de côté son groupe de rock pour gagner sa vie, Lucien a gardé ses rêves intacts.

C’est important pour toi de raconter ta propre vie ?

Oui. Sans que je m’identifie complètement à lui, Lucien est en quelque sorte mon porte-parole. Encore plus dans ce dernier album, où il est vraiment très proche de moi. Je m’inspire de plein de choses observées dans mon quotidien. C’est ça qui plait aux lecteurs, car ils peuvent se reconnaître dans beaucoup de situations. Il faut que ça sonne vrai !

Les autres personnages sont-ils, eux aussi, inspirés de tes amis ou de ta famille ?

Pas tous, mais beaucoup. Par exemple, mon ex-femme et sa fille, que j’ai élevée, et mon fils sont un peu « copiés-collés ». Gillou, un pote de Lucien, est le double de mon frère Gilles, qui vit aux Etats-Unis. Ricky est inspiré d’un copain artiste, etc.

Combien de temps te prend la réalisation d’un album ?

Pour « Lucien », ça m’a demandé un an de travail. Je me suis fait aider par Fabrice Giger, directeur des Humanoïdes associés, et, pour les idées scénaristiques, par Jerry Frissen, un Belge installé à Los Angeles.

Tu as été désigné Grand Prix de la ville d’Angoulême en 1992. Depuis, dix-sept ans ont passé. Quel regard portes-tu sur l’évolution actuelle de la bande dessinée ?

Je trouve formidable que de nouvelles familles d’auteurs apparaissent à chaque époque. Au moment où je créais Lucien, dans les années 70, il y a une formidable révolution à la suite de l’éclatement du journal « Pilote », alors dirigé par Goscinny. A une époque où la BD franco-belge faisait surtout la part belle aux westerns, à l’aventure, aux histoires de guerre et de pirates, beaucoup d’auteurs ont eu envie d’ouvrir d’autres horizons et de s’exprimer en toute liberté. Ça a donné « Métal Hurlant », avec Druillet et Moebius, « L’Echo des savanes » avec Mandryka et Brétecher, « Fluide glacial » avec Gotlib… Et puis il y a eu la vague underground américaine, avec Crumb et des auteurs qui osaient parler de drogue, de sexe… Lucien a été nourri par toutes ces influences.

Et depuis 1992, ça a encore sacrément bougé ! La vague des mangas, la montée de l’héroic fantasy, sans oublier les travaux d’auteurs qui ont démarré chez des éditeurs indépendants comme L’Association : toute une école (Blain, Blutch…) qui tourne autour du journal intime, avec une recherche graphique très esthétisante. C’est parfois élitiste, mais ces auteurs font du bien à la BD. J’aime ça, même si j’adore encore ces bons vieux albums à gros nez. Enfin, il y a les blogs, qui permettent de faire des nouvelles choses très intéressantes. Un outil bien utile pour les jeunes auteurs… On pourra peut-être se passer un jour des éditeurs. Qui sait ?

Est-ce plus difficile aujourd’hui de percer dans la bande dessinée ?

La production est devenue énorme. Les libraires sont dépassés, les lecteurs aussi. C’est de la démence ! Alors, forcément, les libraires n’ont pas toujours la possibilité de mettre en évidence les albums de jeunes dessinateurs talentueux. Alors, pour essayer de percer aujourd’hui, vive Internet !

Quels sont les auteurs qui te plaisent ?

J’aime beaucoup Jean-Claude Denis et le tandem Dupuy-Berberian. Riad Sattouf me fait vraiment marrer. Et j’admire le travail d’Arthur de Pins, qui a 32 ans. Ses « Péchés mignons » sont très drôles, et dans son dessin, il a réussi à digérer plusieurs influences, comme le manga et les cartoons. C’est à la fois rétro et moderne. C’est très chouette !

As-tu de futurs albums en cours ?


Le prochain album sera encore un « Lucien », mais en histoires courtes. Autre projet : redonner une chance, sur une chaîne télé, aux dessins animés de « Manu », qui passaient il y a quelques années en format 2 puis 8 minutes. Et puis une compilation en DVD, ce serait vraiment pas mal…

Que vas-tu faire à Angoulême ?


Je vais inaugurer l’expo « Lucien », et chaque jour, jusqu’à dimanche, un concours d’Air Guitar va y être organisée. Je vais tenter d’y participer. Après tout, je joue déjà dix fois mieux de la guitare en faisant semblant qu’en jouant vraiment. (Rires.) Vendredi, je vais aussi participer à un match d’impro de dessins : deux équipes de dessinateurs et de comédiens vont s’affronter, et le public nous départagera. Et le soir, je devrais chanter deux-trois trucs avec Berberian et Jean-Claude Denis lors d’une soirée Fluide glacial.

Il y a fort longtemps, c’est toi qui dessinais les images des chewing-gums Malabar. Un bon souvenir ?


Professionnellement, pas vraiment. C’était un boulot alimentaire. Mais ça m’a apporté une certaine rigueur dans mon travail. En tout cas, je me souviens que les publicitaires de Malabar allaient tester mes dessins sur des enfants pour voir si c’était vraiment drôle. Je précise quand même que les textes n’étaient pas de moi. Moi, je ne faisais que dessiner ce qu’on me demandait. (Rires.)



Propos recueillis par Olivier Aubrée
Metrofrance.com



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